Publié par : Virgile | 17 décembre 2010

Au bout debout!

 

Il faut le faire, le vivre… Et puis il faut aussi le dire ! L’annoncer ! Oser, se jeter… Oui, mais comment ? Comment trouver les mots… ? Comment vous dire que le tour est bouclé ? Que j’ai bel et bien posé le pied sur le sable clair de la baie du cap de Bonne Espérance, que j’ai  roulé sur les pavés du centre de Cape Town, heureux et fier dans la fraicheur de la brume venue du large, ce vendredi 10 décembre vers midi ?  Que je suis arrivé bonnement et simplement… ? Oui ! Ca y est ! J’y suis… C’en est fini ! Comment se l’avouer et accepter l’évidence après 305 jours d’aventure ?! C’était donc possible ! Pas de sanglots mais l’œil un peu mouillé, tout de même, en apercevant table mountain au lieu du dernier campement, à quelques 50 kilomètres du but !

Alors que je pénètre Green Market Square au centre du centre de la ville, un agent de sécurité se dirige vers moi et me dit « Monsieur, vous devez descendre du vélo !» Il ne croit as si bien dire. « Pas de problème, je suis arrivé ! » Une foule se rassemble autour de moi. « D’où venez-vous ? » …

En quittant Windhoek avec Clémentine, je savais qu’il nous restait 1500 kilomètres ! Autant dire une broutille ! Du hachis Parmentier moulu fin et prédigéré ! Pourtant, au premier raidillon je faiblis… J’en ai marre ! Il faut encore pédaler… les mots qui me viennent ne s’écrivent pas. Ils se devinent ! C’est le dernier départ, le dernier -(…)- tronçon… Courage ! La route s’élève vers un ciel bleu intense taché de nuages cotonneux. Elle tortille entre d’imposants reliefs qui se dressent comme une denture grossièrement émoussée sur l’horizon desséché. Les lignes droites s’étirent et serpentent à n’en plus finir dans ce décor aux couleurs chaleureuses. Hallucinant ! Grandiose ! Je me dresse sur mon vélo, lève les yeux au ciel et cris : «  Je suis le roi du monde ! » Clémentine éclate de rire. Soudain le vent se lève, le ciel s’agite et se couvre de gris dans un bouillonnent convulsif qui se mue rapidement en épaisse nappe d’encre insoluble. L’annonce du déluge… Pas d’abris à des kilomètres dans ce désert humain ! Il faut monter la tente. Et vite ! La terre et le ciel entrent en collision. Au loin le tonnerre aboi rageusement. Il se rapproche. L’obscurité totale tombe pesamment sur le monde alors que l’orage hoquète des jets de lumière sur les broussailles excitées. La colère du monstre électrique pulvérise la poussière en de gigantesques tourbillons. « On va se le prendre sur la tronche ! » Passe pour cette fois. Le vent tourne, la menace se dilue et l’orage s’écarte de notre refuge minable !

Un panneau annonce : Tropic of Capricorn… Déjà ! Les kilomètres qui restent s’amenuisent dangereusement. L’aventure est en péril. Il faut réagir… Il faut rallonger… A hauteur de Keetmanshoop, nous décidons donc de quitter l’itinéraire principal et de prendre la piste en direction du Fish River Canyon, second plus grand canyon terrestre! On y côtoie une hostilité naturelle à toute vie humaine. L’air dessèche tout en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Le vent brûlant qui galope entre les corridors de roches divise perfidement les minéraux les plus durs. Le temps fait son travail et le travail fait le décor, broyé sous nos yeux qui ne voient rien. On cuit mais l’endroit est somptueux, magique ! Tellement unique et insensé… En Namibie, comme nulle part ailleurs où j’ai été, on se retrouve souvent face à des paysages déconcertants de beauté et d’immensité. « Ouaaaaaaaaaaaaah ! » Difficile de l’imaginer, il faut le voir… Le vent siffle. Il est insupportable, me rend dingue. Nous bivouaquons dans ce trésor géologique en nous abritant derrière d’épais buissons.

Au sortir du canyon, déjà nous apercevons les rives verdoyantes de la rivière Orange qui marque la frontière entre la Namibie et l’Afrique du Sud. Impossible ! L’eau est là… abondante et généreuse. Quel contraste ! On y cultive la pastèque et le melon, la tomate, le raisin et tant d’autres choses. Il y a l’eau et juste derrière, l’Afrique du Sud ! Ma tête est pleine de bonheur. Juste devant moi se dresse les montagnes de cette terre poursuivie et espérée durant des mois. Nous franchissons la rivière le ventre gonflé de fruits délicieux. Un panneau renversé indique : Cape Town 679 ! Je stoppe net, tétanisé… « Ca sent le roussi. A ce rythme là, on est à Cape Town dans moins d’une semaine » me lance Clémentine…

A Steinkopf, petite ville de mineur sur la nationale 7 qui conduit directement à Cape Town nous bifurquons à nouveau pour rallonger un peu… et ne pas arriver trop vite ! Pourquoi… ? Euh… Je ne sais plus! Enfin si… je crois que nous voulions voir l’océan ! Le vent souffle si fort et si frais que nous devons passer la nuit dans un abreuvoir à bétail et nous couvrir de tous nos habits… L‘océan n’est pas loin et les fronts froids venus du large ensevelissent la campagne à la nuit tombée. Il faut se couvrir alors qu’à quelques kilomètres dans les terres s’abat la canicule. Sur 150 kilomètres de littoral privatisé nous traversons les mines de diamant de l’empire De Beers. Elles ont fermé leurs portes en août dernier. Des montagnes de gravas s’amoncellent dans toutes les directions à n’en plus finir. La côte est retournée, ravagée. L’ambiance est morose. Les villes de l’empire sont mortes. Les maisons y sont vides. Les écoles et les parkings aussi. Il n’y a plus personne à part quelques vigiles qui veillent à ce que les infrastructures ne soient pas pillées. Pas un chat. De grands supermarchés se sont transformés en épiceries minuscules ! Les stations service ouvrent leurs portes quelques fois dans la semaine. Le long de la route, un panneau indique : « mine en cours de réhabilitation, pour la paix des consciences ». Il y a quelques mois, nous n’aurions pas été autorisés à voir ça…

Nous filons jusqu’à Garies sur un piste caillouteuse et retrouvons le goudron pour ne plus le quitter ! A Vanrhynsdorp, 323 kilomètres du Cap, au pied d’une immense falaise, Clémentine démonte son vélo et range ses affaires, c’est l’heure du retour. Un bus l’attend. Une dernière bière, quelques TOPPER (des gâteaux secs devenus fétiches), une boerwors (saucisse épicée typique d’Afrique du Sud) sur le grill, du pain à l’ail et du biltong (viande de bœuf séchée), déjà notre dernier gueuleton !  Ce sont les souvenirs magiques de 3000 kilomètres d’aventure qu’elle remporte vers l’Europe… Que le temps a filé… Je suis désorienté ! Que faire…. Le Cap est là, à quelques jours seulement !

La fin du voyage s’enchaîne brusquement. Je traverse d’immenses vignobles, retrouve l’océan et continue ma route dans la brume fraîche du littoral. On m’invite à manger de la viande de brousse, du poisson… On me fait visiter et déjà on me félicite d’être arrivé… Soudain j’aperçois Table Mountain au loin comme étouffée par les nuages bas. J’enlève mes lunettes de soleil… Si si… C’est bien ça ! Je ne veux pas y croire et pourtant… Les souvenirs du départ me viennent à l’esprit… La France et la famille, l’Espagne et ses montagnes froides, ses tapas, le Maroc et ses délicieux palmiers sucrés, sa soupe harira et ses bergers, la Mauritanie et son désert sans fin, les caravanes des gardes mobiles, le Sénégal et ses tavernes, son fleuve magique et ses épines atroces, le Mali et la chaleur insupportable, ses mangues succulentes, le Burkina Faso et le Niger avec ses peuls magnifiques et leurs larges troupeaux, le Tchad et le désert brûlant avant la pluie, le Cameroun et sa falaise, sa forêt et ses pistes terribles, le Congo puis la RDC dont je suis encore bouleversé d’extase, la Zambie et Clémentine, le Botswana et ses animaux sauvages, la Namibie et ses paysages à couper le souffle, et enfin, l’Afrique du Sud et Cape Town, terminus… tous les voyageurs descendent de la rame.

Pour ceux qui se demandent ce que je ressens… Et bien pas grand-chose étonnamment ! Je ne pense à rien et ne veux rien penser… J’ai vécu tellement de choses incroyables cette année que je ne peux (presque) plus rien absorber d’émotions ! Je suis comme une éponge pleine d’eau qui attend l’essorage…

C’était donc possible, avec votre soutien ! Merci infiniment pour tous vos messages.

Prochain post depuis la France !

A très bientôt pour l’essorage !

 

 

 

 

 

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