Publié par : Virgile | 20 septembre 2010

Impossible is nothing!

T’en as marre de bouffer du métro, des gaz d’échappement, de l’info pipo et des supermarchés bondés de mémères armées de cartes de fidélité ? Tu veux couper les ponts avec la civilisation néo-post moderne et ses vrombissements lumineux, ses caddies de mensonges, ses vérités déodorisées, oublier ce que c’est qu’un écran plasma et le carbon free, la 3G et l’Internet, l’électricité même, te nourrir de larves, de thermites, de singe et de porc-épic, sucer de la canne à sucre, du cacao arraché sur l’arbre et t’abreuver des eaux limpides de ruisseaux cachés sous de grands palétuviers? Bref, tu veux une expérience roots de calibre olympique loin du Google espace, raboter un peu ton vernis d’homo-cyber pour laisser hurler le loup qui sommeille en toi ? Ton salut passe par l’exil ; Et j’ai ton terrain ! Que dis-je ! Ton refuge… La forêt tropicale congolaise. Un cloitre végétal exsangue de toutes les blêmes déjections de la course au vent. Nature. Nature. NATURE encore. Oh que oui…rien que d’y penser j’en ai le vertige! Heureusement qu’on peut tomber de haut et sur ses pattes.

Mais Il te faut un coupecoupe bien affuté, des bananes sucrées pour amadouer les gorilles (et ne jamais leur tourner le dos sinon ils te prennent pour une mauviette et s’occupent de toi comme il se doit en commençant par te manger la cuisse, toute crue…) et un calibre 12, même rouillé ou rongé, quelques cartouches bien sèches car les panthères n’aiment pas les bananes ; Pas que le plomb soit meilleur…  En cas de pépin, et si tu n’as pas de mousquet huilé à la plume de perroquet, tu peux griller une clope pour faire de la fumée ; C’est comme un coup de fusil bien placé et ça fait moins de bruit ! Une bonne vieille Mustang fera l’affaire. Ah oui, j’allais oublier ! Très important : Les éléphants défèquent sur la piste et sont méchants ; Ne force jamais le passage et tout ira bien ! Grumiers idem. Et si tu croises un pygmée qui vient de grignoter une demi-douzaine de comprimés de valium qu’il a fait descendre avec une grosse gourdasse de vin de palm ou une bouteille de Ricard de Pointe Noire, c’est parfaitement normal… Passe ton chemin! Peut-être qu’il te dira que ça gratte un peu le chignon en baka, sa langue. Bref, si tu aime ramper et nager dans la boue, te faire lacérer les jambes et les bras par les chicottes végétales, manger par les insectes, que ta foi de brave invincible domine Burj Dubaï façon Rambo, et surtout que tu ignore ce qui t’attend vraiment, vas y à vélo et dis toi que ça va passer. C’est vrai de vrai que les cons qui ignorent ce qu’ils font finissent par faire les choses que ceux qui savent ce qu’elles cachent ne font pas !

Je suis arrivé à Brazzaville hier. Congo. République du Congo. Ne pas confondre avec République Démocratique du Congo au sud, ex-Zaïre. Quelle joie ! Enfin m’y voilà, essoufflé mais entier ! Brazza quoi ! Brazza, caressée par le fleuve Congo, serpent liquide de la démesure et de l’espoir, frère Africain de l’Amazone. Brazza, liée par le sang et l’eau trouble à Kinshasa, juste en face. Les deux cités s’observent sans jamais se toucher. Ah Brazza ! Un carrefour, une plaque tournante à la lisères des tropiques, un hub pour réfugiés lassés de machettes et de kalachnikovs ; Un havre de liberté officiel pour ceux qui se passionnent pour la concussion et le détournement de fonds publics. Mais passons car c’est un passage obligé, un goulet pour les vagabonds qui sillonnent l’Afrique.

Un coup de frein devant le cimetière à l’entrée de la ville, un coup de rein et hop, j’esquive un gros Camaz de l’ère soviétique bourré de cailloux en glissant légèrement sur du sable blanc. Avertissement ! Priorité à droite. Je laisse passer un corbillard tout penaud. A ma gauche, un tas d’ordures. Des gars y grattent je ne sais quel trésor. Devant, une vielle Toy (Toyota) verte en ruine perd ses freins et emboutit un vieux barbu sur sa mobylette ; Salto arrière plané ; Quelle souplesse ! Tout simplement superbe… Le vieux se relève titubant et vise le chauffeur comme un chien qui va mordre. Ca passe ! Klaxons, fumée, plastique, képis, béton, canons… Mais qu’est ce que je fous là ! On vient vers moi : « je vous ai vu à la télé… ! » Euh…

Pour arriver là j’ai osé un rien, souffert un peu plus qu’osé et bourriné comme un cheval de trait qui se débat dans la fange. En m’éloignant de Yaoundé, la carte sous les yeux et le goudron sous les roues, je m’étais décidé à rejoindre Brazzaville en suivant une piste en pointillés sur près de 1000 kilomètres au travers de la forêt équatoriale (prenez votre carte car il faut suivre et vous ne poserez sans doute plus jamais vos yeux sur cet endroit du monde!) Sangmélima, Djoum, Mintom, N’tam (poste frontière), Cabosse, Suanké, Sembé, Ouesso, Makoua (sur l’équateur), Owando et Brazzaville. Une première. Sans doute la dernière ! Intérieurement je me disais : « trop facile cette traversée de l’Afrique. On ne va jamais me croire mais c’est du flan pour gamin un peu dur. Au pire du mille-feuille. Rien de plus ! Ces crétins vont penser que je fais le faux modeste en plus ! C’est quand que je commence à … me maudire ? »


J’ai tout entendu… « Ca passe peut-être, mais c’est la saison des pluies qui commence ! Et les grandes pluies. Il faut passer par le Gabon. C’est mieux. Trop de sable. Ca ne passe pas ! Impossible ! Je vous l’assure… Il faut passer par la Centrafrique. Quelle arme emportez-vous ? Est-ce que vous savez qu’il y a des bêtes féroces dans la forêt ? Les gorilles sont redoutables… les panthères et les léopards de vrais prédateurs. Et les Congolais sont encore plus sauvages ! Arrêtez-vous dès que le soleil décline. N’y allez pas seul ! Prenez toutes vos provisions à Yaoundé. Là bas il n’y a rien. Méfiez vous des grumiers ! Gardez toujours votre téléphone satellite avec vous (lequel ? D’ailleurs si quelqu’un -qui est déjà venu ici- a une idée de qui appeler en cas de problème au milieu de la forêt tropicale, je suis preneur…). Prenez du vin pour offrir aux pygmées ; Vous les blancs vous avez un problème ! »


Et du mur que je viens de franchir, genre mur du tronc, j’en tire une magnifique leçon d’humilité… (Et d’humidité)! Faut dire qu’elle ne m’avait jamais été aussi bien enseignée. « Nom d’un chien » pousserait mon grand père en replaçant une bûche dans sa cheminée. J’ai pesté seul, juré comme un charretier et comme jamais, vraiment seul, coupé du monde. Je ne m’étais jamais senti aussi loin de tout et aussi dépendant de moi-même. Pas le choix. Flancher ? Impossible. Une seule issue. Baisser la tête et pousser. Pousser encore. Pousser plus ! Pas de place pour penser. Tenir bon. Tenir. Un vol plané…un autre ! Roulé-boulé dans les fougères boueuses. Rien de cassé ? Peu importe. Avances ou tu vas rester là pour toujours imbécile! Plus que 3 bosquets et je retrouve la piste en latérite tassée. (Car ici on ne parle pas en kilomètres mais en bosquets et en collines !) Quand t’es avec ton vélo et ta remorque à te faufiler de bosquets en collines dans ce ventre sauvage, tu te demandes franchement si c’est bien raisonnable… (Ego quand tu nous tiens !) Difficile à raconter ! Il faut le vivre. Si j’avais su j’aurais (peut-être) pas venu…

Autant dire que j’ai pris tout le monde par surprise sur mon passage. Les pygmées sautaient dans les fossés en abandonnant leur manioc et disparaissent fissa machette à la main. J’en ai même vu qui ramassaient des cailloux à mon approche. Ils devaient se dire : « Ciel ! Un pâle immense sur un monstre de fer sans poils et silencieux. Un diable ! Sauve qui peut ! Tous aux fourrés ».


Pour parler boulons, mon Bucéphale à 3 roues en aluminium thermoformé m’a impressionné ! Bon cheval… Il ne m’a même pas coûté un sucre. Je l’ai traité comme un mulet de carrière et il n’a pas bronché! Pourtant, je ne misais pas gros sur sa crinière lorsque j’ai vu la tournure que prenait la piste ! Heureusement que les miracles ont du cœur…

Trop à raconter !  Il s’en est passé tellement dans la forêt ce dernier mois!  Heureusement que j’avais quelques feuilles sous le coude et un peu d’encre à gaspiller ! Avec le Congo, j’ai changé d’Afrique. Je suis le moundele, bon blanc, papa ou chinois. Dans la campagne on me salue par de grands « Yiyan » censés signifier Ni Hao (bonjour en chinois). C’est qu’ils sont partout ces Chinois. Ce sont eux qui reconstruisent le pays et effacent peu à peu les stigmates de la guerre et de l’antiquité. Ils font ou refont les pistes, des ponts, diguent les rivières, cassent du caillou qu’ils acheminent sur de grandes barges construites sur place, déversent de la latérite sur les bourbiers avec des gros camions venus spécialement de Chine, montent des centrales électriques. Ils travaillent vite. Peut-être un peu trop vite d’ailleurs. Mais le profit n’attend pas. Ils vivent dans de grands camps et entre eux. Parfois on les voit qui se trempent dans les rivières, les étangs.


Souvent les Congolais me demandent mon grade dans l’armée (Si si !) Vous êtes géographe ? Chercheur ? Scientifique ? Mais pourquoi ce voyage ? Et vos parents vous ont laissé partir ? Vos enfants ne vous manquent pas ? Vous allez devenir très riche avec les informations que vous allez rapportez sur l’Afrique au pays… Les superlatifs ne manquent pas pour parler de la fortune que je suis en train de bâtir ! Pour un Congolais comme pour tout Africain, l’épaisseur de clichés à travers laquelle il voit les Européens est aussi déformante quelle celle à travers laquelle les Européens pensent voir les Africains. Une caricature fait figure de copie conforme à côté. Pas faux de dire que le monde est flou à la décharge de l’humanité toute entière.

Pour la première fois on a fouillé mes affaires à la frontière. « Vous avez des seringues ? » On a aussi essayé de me ponctionner quelques billets dans un fantomatique bureau de police situé dans un bled tellement loin de tout que le litre d’essence y coûtait 3€ et la boîte de sardine 1,50€ (il faut rapporter ces prix au revenu moyen local). Mais les types ont vite compris qu’ils étaient tombés sur un os et se sont ravisés ; Je n’avais pas un copek ! Parfois on se méfie de moi… « Vous pourriez être un mercenaire » m’a même dit un curé très sérieusement. Dans les campagnes on croise plus de Rwandais, de Congolais de l’ex-Zaïre et de Centrafricains que de Congolais natifs. Les guerres ont dessiné le pays, la région.

Dans la brousse j’ai eu faim comme jamais ! Trop difficile de se nourrir dans le nord. Parfois j’ai du me contenter d’infusions de citronnelle et de sucre en poudre pour seul repas. Beaucoup plus difficile que dans le Sahel et étonnamment plus cher alors qu’il suffit de jeter une graine pour qu’elle délivre ses fruits. « C’est une question de culture » disent certains ! Ils ne croient pas si bien dire…  C’est qu’ici, au nord de l’équateur, on ne cultive que le cacao et le manioc. On ne chasse que pour vendre aux rares véhiculent (souvent des motos) qui font la navette vers les restaurants de Ouesso, la grande ville du Nord. On pille la faune à un rythme si soutenu que croiser un animal dans la seconde plus grande forêt du monde n’est pas si simple. Je n’en ai pas vu un seul !

Le Congo c’est presque déjà fini. Que de souvenirs impérissables. Que de forces laissées dans la boue. Que de magie partagée avec dame nature. Et je suis toujours passionné par mon aventure! On ne traverse pas l’Afrique à vélo deux fois dans sa vie, n’en déplaisent à ceux qui me demande si je compte aussi rentrer à vélo jusqu’en France une fois arrivé à destination! Le ciel change à mesure que je chute vers le Cap. Question d’hémisphère. Je compte prochainement franchir le fleuve Congo vers le dernier Everest du voyage : la République Démocratique du Congo ! Rien que le nom m’impressionne beaucoup. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Pis je préfère ne pas savoir… L’expérience du Sahara, du Sahel et de la forêt tropicale (et tous les autres voyages) ne sera pas de trop pour livrer l’ultime véritable bataille de ma promenade à travers l’Afrique. A Lubumbashi au sud de la RDC, 4 000 kilomètres du Cap, je serai comme sauvé, quasi arrivé… J’aurai déjà le goût du sel marin sur la langue et des pingouins dans les yeux. Il n’y aura plus que du goudron et des agents de police payés par leur employeur. Ma sœur Clémentine me fera l’honneur de me retrouver avec son vélo pour un mois. Que du plaisir ! Je lui réserve de belles surprises. Et d’autres perles sont au programme… Le Consul de RDC m’attend pour parler visa…je prends congé du clavier !

Prochain post à Lusaka… Zambie

Photo bonus : celui ou celle qui trouve où la photo suivante a été prise aura une belle récompense… :+)

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