Publié par : Virgile | 22 avril 2010

Bons baisers de Laâyoun

Plus d’un mois que je suis au Maroc. Et tant à dire! Tant de gens que j’aimerais remercier pour la chaleur de leur accueil et les bons moments partagés. A Casablanca, à Rabat et ailleurs sur la route. Il y en a beaucoup. Et j’en profite pour adresser un grand merci, sans les nommer, à tous ces faiseurs de tajines, prêteurs de canapés et autres fournisseurs de bons moments qui se reconnaitront. Et aussi mention très spéciale (…) qui se reconnaitra !

J’ai quitté Casablanca il y a 10 jours, le soleil au zénith et le vent dans le dos, tout sourire, fend la route. En plus je m’étais fait monter un rétroviseur de Peugeot 103 par un mécano de la porte de Marrakech dans le centre ville. Un dénommé Sadir, toussotant mais fiable. En version « dépannage », avec 2 soudures, un demi rouleau de chatterton et quelques coups de marteau pour le réglage final, c’est-à-dire la finition, le tour fut joué en à peine une heure. Un petit bijou d’ingéniosité. Une prouesse d’établi. Je n’étais pas peu fier. Plus besoin de tourner la tête pour dévisager les routiers infernaux et autres chauffeurs de taxis furieux.

Depuis, le vent à tourné, les montagnes se sont effacées, tout comme les arbres et le vert. C’est le désert. Le vrai. Le sec. Le chaud avec ses longues lignes droites qui ondoient sur l’horizon brûlant, ses mirages, ses chameaux qui passent au loin et ses grands serpents écrasés sur le bitume râpeux. Il faut dire que j’en ai bien profité avant d’entrer dans cette rôtisserie géante. La route côtière jusqu’à Sidi-Ifni fut extraordinaire. Je dis bien extraordinaire. Indescriptible. Des oueds immenses se jetant dans l’océan d’un bleu carte postale Spirit of Thaïlande, des champs de blés ondulants dans le vent comme des vagues de soie sur les coteaux d’imposants massifs verdoyants, pleins de couleurs, des coquelicots mélangés aux herbes de larges prairies, des villages magnifiques entourés de cactus, d’arganiers et des plages parfaites mouillant dans ce fond d’émeraude liquide sans limites…etc. Bref, vous l’avez déjà compris, un décor venu d’un autre souffle, du bonheur pour les yeux. Des frissons, des vrais. Mais depuis Guelmim, la porte du désert, fini tout ça. Fini !

Fini les gourdes remplies à moitié pour éviter de tracter quelques grammes inutiles. Jamais je ne quitte un lieu sans mes 6 bouteilles d’un litre et demi. Faut dire que j’en écluse. Je crois que je bats des records. J’ai toujours soif ! Où je m’arrête, je demande souvent  s’il y a de l’eau. Et la réponse est toujours : «C’est Sahara ici Msieur!». Mais il y  a toujours un moyen d’acheter ou de trouver de l’eau : les stations du bord de route, parfois éloignées de 100 kilomètres l’une de l’autre, les cabanes de police où les gras officiers ont toujours un bidon, les puits bien qu’un peu salés et souvent vides, ou plus simplement les touristes en moto ou 4×4 qui remontent bronzés de Mauritanie ou d’ailleurs et à qui j’inspire tant de pitié que leur soustraire une bouteille du précieux liquide n’est qu’un jeu de silence.

Je fais 100 kilomètres par jour. Je ne dois pas moins. Je ne peux pas plus. Parfois j’enrage d’y être condamné. La route est abrasive ce qui augmente les frottements et me retient, le vent ne m’est jamais favorable (sauf aujourd’hui où j’ai avalé 65 kilomètres en 2 heures !), je n’ai plus 20 ans (!), suis sous le plomb d’une étoile à baigner dans le sable et la caillasse chauffée à blanc, et il reste 18 000 kilomètres…alors je me préserve. Il est bien loin le temps où l’on s’envoyait les bosses du Kentucky et les plaines du Kansas, jusqu’au pied des Rocheuses, en 10 petits jours à peine! L’ « ami Julien » et le « frèro Kounin » ne démentiront pas…

Mon objectif est de passer la Mauritanie et d’atteindre le Sénégal avant le 7 mai, date à laquelle mon visa pour la Mauritnaie expire. Il reste 1 500 kilomètres et 15 jours. Ca devrait passer juste. Inchallah !

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