Publié par : Virgile | 13 mars 2010

Andalousia, me voilà!

Déjà 15 jours depuis ma dernière bribe de post ! Je ne m’en étais même pas rendu compte. Que le temps se fait léger quand on va vers le bas. C’est qu’il s’en est passé des choses ! Des biens et des terribles. Des racontables et des ineffables, des risibles et des délectables. Bref, je vous propose un petit topo pour poser l’essentiel. Après quoi ma route lavera mes forces jusqu’aux portes du vrai secret, l’Afrique.

Madrid m’a fait du bien. Il m’en reste un gout de cassonade acidulée dans la bouche. De seigle et de houblon aussi… La douce Madrid. Quelle bénédiction d’atterrir en ce lieu fréquenté, encombré et peuplé au sens premier du terme. Un contre désert où sa chance de trouver un humanoïde, ou plus simplement un interlocuteur, quelque s’il soit, est exponentiellement tirée vers le haut et inversement proportionnelle à celle, bien vérifiée, des campagnes de Teruel et de Castille où la probabilité de croiser quelqu’un se montre souvent proche de zéro.

Arrivé sur le tard, je me suis trouvé par hasard englué dans un rassemblement de centaines de cyclistes accessoirement « antivoitures » et convenablement « altermondialistes », tous éberlués par la monture venue de France et le chevalier l’accompagnant. Bon moi –le chevalier-, j’étais aussi un peu sous l’émotion de tenir sous mes yeux illuminés ces fous furieux rassemblés pour la grande messe du vélo madrilène.

C’est Sébastian, Colombien rencontré à cette grande fête qui m’a vraiment fait découvrir Madrid. Le Madrid des comptoirs vivants à la lumière tremblante, enfumés à s’étouffer, le Madrid exhalant ses senteurs de fritures, de charcuterie et d’olives, le Madrid des tapas copieuses et des pentes aussi fortes que les vins de pays, le Madrid des barbes mal rasées et des jeans troués, le Madrid des esprits éveillés, allumées, surtout la nuit. Vous l’avez compris, le vrai Madrid ! Quelle rencontre. Un mec bien ce Sébastian. Un gars comme on devrait les multiplier, surtout sur ma route…

Après quoi il y a eu une invitation au match Madrid/Valencia dans un stade bondé de supporters dévorants des graines de tournesol avec une avidité toute guerrière, entre deux clameurs effrayantes. J’ai bien cru que les gueulantes passionnées de ces bougres allaient m’arracher au moins l’une de mes deux oreilles. Mais non ! Finalement le stade a tremblé, les supporters ont été comblés, et moi, frappé de mille frissons, j’ai bien remercié Jésus. C’est lui qui m’avait invité. Et merci encore. Je ne suis pas prêt d’oublier ce moment.

Après quoi il a fallu partir. Sous un ciel couleur de cendre, quitter le confort. Une perte irréversible. Aussi un soulagement…direction Grenade à 500 kilomètres ! Cap sur l’Andalousie, le monde des oliviers, le monde du terroir et du soleil.

Devant moi, un rideau obscur tient le ciel bleu en otage, telle une nappe de mazout complètement étanche aux percées du soleil. Il pleut, bruine, vente. Toujours au moins l’un des trois. Les gouttent me piquent comme du cristal broyé jeté du ciel par je ne sais quel démon furieux. Pas un jour sans que l’hiver ne fasse de la réclame pour lui-même sur ma route, pas un seul. Je passe mon temps à chercher des endroits secs et à l’abri du vent pour faire sécher mes affaires détrempées qui pourrissent en silence. Puis l’autre nuit, blotti au fond de mon sac de couchage jusqu’aux cils, alors que je tonnais désabusé contre mes affaires qui ne séchaient pas d’une gouttelinette, j’ai senti l’eau devenir glace et la pluie se taire pour laisser place au silence étouffé de la neige légère. Au petit matin, plus un nuage, pas un degré au dessus de zéro. Et c’est vêtu d’une épaisse pelisse blanche que les champs d’oliviers m’ont ouvert, frigorifiés mais étincelants, la voix jusqu’à Grenade, à la cheville de l’auguste Sierra Nevada.

Entre deux averses, j’ai quand même vue plusieurs fois l’Andalousie des cartes postales et des livres de voyage en papier glacé, l’Andalousie qui plaît et fait oublier l’hiver. Montagnes immenses, buttes tassées, vallons s’étirant à n‘en plus finir, eau jaillissant de partout en direction des étendues d’oliviers bordés d’une terre sombre et grasse, hauts ponts et petites maisons de pierre à l’abandon ci et là, routes minces, chaotiques et boueuses sur lesquelles on ne croise que des tracteurs crottés jusqu’au toit, troupeaux de moutons broutant quelques baies sur les coteaux tranquilles, l’Andalousie ne se qualifie pas ni ne s’explique, elle se vit kilomètre après kilomètre, goutte après goutte.

Ah Grenade ! Quelle verticalité, quel équilibre ténu de couleurs et de formes à la perpendiculaire du reste des choses, du reste du monde. Tant de ruelles délicieusement ombragées, de passages sombres, parfois crasseux, de longues marches creusées de rigoles, de petits balcons ou dort parfois un chien, toujours d’un seul œil, de volets colorés que le soleil vient lécher avant de rosir l’horizon, de portes sculptées, vielles et massives, de galets et de pierres emmêlés, d’étales de morues salées et de jambons séchés fleurissants les tiendas.

Et que dire de l’Alhambra, ce vestige de la civilisation mauresque pitonné aux altitudes de la cité, sur la colline de Sabika. Ses façades, ses murs hauts, ses briques rouges parfaitement maçonnées, ses grandes salles finement couvertes de motifs ciselés dans la pierre blanche, ses plafonds de bois et cette odeur de faste qui vous remplit les narines après que vos yeux aient été éboulis, ses jardins heureux avec de gros rosiers timides et de long corridors végétaux de pins solennels, ses ruisseaux mélodieux qui chantent sur les déclivités du massif, son histoire et ses légendes…On sent bien ici que l’Afrique est à quelques souffles à peine, quelques coups de pédale.

Plus une minute à perdre…Franck Vogel, ami photographe, est là pour quelques jours, puis, dans 10 nuits, sur le pont du bateau qui s’éloignera des lumières de Gibraltar, les embruns arroseront de sel le début d’un autre chapitre de mon voyage, plus long est moins froid…

Prochain post au Maroc. A très bientôt.

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Responses

  1. […] Déjà 15 jours depuis ma dernièr bribe de post ! Je ne m’en étais même pas rendu compte. Que le temps se fait léger quand on va vers le bas. C’est qu’il s’en est passé des choses ! Des biens et des terribles. Des racontables et des ineffables, des risibles et des délectables. Bref, je vous propose un petit topo pour poser l’essentiel. Après quoi ma route lavera mes forces jusqu’aux portes du vrai secret, l’Afrique. Madrid m’a fait du bien. Il m’en reste un gout de cassonade acidulée dans la bouche. De seigle et de houblon aussi… La douce Madrid. Quelle bénédiction d’atterrir en ce lieu fréquenté, encombré et peuplé au sens premier du terme. Un contre désert où sa chance de trouver un humanoïde, ou plus simplement un interlocuteur, quelque s’il soit, est exponentiellement tirée vers le haut et inversement proportionnelle à celle, bien vérifiée, des campagnes de Teruel et de Castille où la probabilité de croiser quelqu’un se montre souvent proche de zéro. Arrivé sur le tard, je me suis trouvé par hasard englué dans un rassemblement de centaines de cyclistes accessoirement « anti-voiture » et convenablement « altermondialistes », tous éberlués par la monture venue de France et le chevalier l’accompagnant. Bon moi –le chevalier-, j’étais aussi un peu sous l’émotion de tenir…. >>> Voir la suite […]


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