Publié par : Virgile | 26 février 2010

L’Espagne…L’enfer du décor!

Je suis arrivé en Castille, dans la Mancha…qui porte d’ailleurs bien son nom car une manche c’est d’abord un entonnoir à vent, un tube à air ou quelque chose du genre, et la région est un supplice pour cycliste! Paraît que c’est par ce que l’hiver est affreux cette année. Le pire depuis plus de 10 ans…alors fallait que j’y sois, moi, sur ma selle cuir, dans cette misère espagnole, fallait que je rêve de torpeur et de sueur pour n’avoir que l’inverse. Et c’est fait.

J’ai parlé au vent comme si c’était un cheval sauvage à apprivoiser, mais rien. Les Arabes disent du cheval qu’il fut créé par Dieu en jetant une poignée de vent dans l’immensité du désert. Mais si le vent a donné le cheval par la volonté de Dieu, alors le vent est supérieur au cheval –et toujours inférieur à Dieu. Sans s’y perdre, la conclusion de ce raisonnement est que le vent est indomptable…et qu’il m’a rendu fou en plus de m’avoir jeté comme un malpropre au fossé plusieurs fois avec son armée de bourrasques hallucinantes de vigueur et d’intentions hostiles.

Il y a quelques jours, j’ai même posé pied à terre et marché 12 kilomètres ne pouvant rester sur le vélo tellement le souffle était violent. Une journée pour 12 petits kilomètres…Que faire ? Rien. J’y suis j’y reste.

Les villages Espagnols que je traverse sont de véritables chapelets de volets tirés. Tirés vers le bas. Il n’y en a pas un plus haut que l’autre. La nuit, si entre deux nuages j’aperçois une étoile, c’est bien la seule présence que j’y trouve. Mais le clocher continue de sonner. Et parfois le tintement du métal est aussi froid que la mort, celle des campagnes. Et le nez n’a pour lui que le lisier comme seul trait d’union entre ces cimetières de pierres tombantes. Il y a aussi des choses formidables ici, comme les paysages.

Les immensités de la région sont saisissantes. Les couleurs et les contours des reliefs offrent une vision physique du merveilleux. Vraiment ! Venez voir. D’un côté c’est une prairie sans limite sur laquelle flotte quelques cabanes de pierre, de l’autre de magnifiques ondulations de parcelles parfaitement labourées, et fraichement. Derrière ce sont de lourds essaims de rocaille grisâtre qui se dressent, monumentaux, peut-être tombés du ciel,  eux-mêmes au pied de profondes collines vertes, boisées, aux sommets desquelles toupillent, clouée sur les crêtes absolument lisses, silencieusement, des armées d’éoliennes. Et la route passe là, au milieu de tout ça, seule avec ses contours, ses raidillons, ses longues lignes droites battues par le vent et ses nids de poule,  dans ce même corridor de rage, de magie et de totalité. Quand le ciel est très sombre et que le soleil troue de quelques rayons l’épaisse mousse de nuage en mouvement, cela donne des visions d’un autre monde, d’une autre vie, comme si venaient se planter dans la campagne des faisceaux de lumière semblables à des lances jetées du ciel , comme s’il pleuvait de la lumière passée en force dans la chaire cotonneuse du plafond ténébreux de l’hiver.  Une lumière toujours fragile, à la limite de se noyer dans le sombre. Et le vent, si fort, si fracassant. Insoutenable à en perdre la raison.

Et je viens d’arriver à Madrid.  Là c’est un autre monde. En 2 heures j’y ai fait plus de rencontres qu’en une semaine à battre la campagne de Catalogne, de Teruel et de Castille…Et j’ai des tas de petites histoires à vous raconter.

Pour les infos techniques : le vélo ok / douche 1 fois tous les 4 jours en moyenne / les jambes ok sauf petite douleur genou droit / selle cuir parfaite…un régal ! / le réchaud à essence ne fait pas un pli, seulement un plein / sac de couchage bien adapté aux températures froides / tente effectivement étanche / remorque + sacoches vraiment très lourdes (environ 50 kilos…je vais devoir lâcher du lest sinon c’est moi qui vais être lâché! / merci à mes chers parents pour les gants de ski glissés dans la remorque au dernier moment.

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